Patrick Mignola : « L'Europe ne doit pas tomber dans le piège de la recherche du conflit et de l'escalade verbale sur fond de chiffres fantaisistes »
Patrick Mignola, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, était l’invité d’Adrien Gindre dans la matinale de TF1 ce vendredi 4 avril 2025.
Droits de douane : « Trump a tort pour l’économie mondiale »
Invité de TF1, Patrick Mignola a vivement réagi à l'instauration de droits de douane de Donald Trump contre l'Europe, mais aussi contre de nombreux autres pays. Il appelle à une riposte ferme « plus intelligente et plus efficace que ne l’a été l’attaque ».
En tout cas, Donald Trump a déclaré la guerre à l'Europe et à un certain nombre de secteurs économiques.
S’il assure garder « toute l’affection » pour le peuple américain, notre vice-président estime qu’il faut « expliquer au président Trump que quand on prétend avoir raison tout seul, c’est souvent qu’on a tort ». L’ancien président américain « a tort pour l’économie mondiale, parce que c’est seulement le libre-échange qui crée de la richesse entre nous », et surtout, « il a tort vis-à-vis de son propre peuple » :
Donald Trump a été élu pour maîtriser l’inflation et faire augmenter le pouvoir d’achat. Il va relancer l’inflation et faire baisser le pouvoir d’achat chez lui.
Du côté européen, le ministre plaide pour une réponse ciblée, complètement à revers de la stratégie américaine. Il plaide pour « éviter d'aller vers une augmentation de l'inflation et une baisse du pouvoir d'achat ». Il pointe notamment le domaine du numérique : « On sait que les GAFA, dans le domaine du numérique, sont de formidables réussites technologiques, mais ce sont des réussites financières qui sont basées sur l’économie de prédation ». Il évoque aussi la possibilité de taxer « les investisseurs américains qui souvent viennent chez nous pour essayer de capter l’épargne des Européens ».
Le but, ce n’est pas de faire mal et de faire mal à tout le monde, c’est de faire peur pour qu’on arrête de se faire mal.
Il insiste sur la nécessité de ne pas céder à l’escalade :
Il ne s’agit pas de rester de marbre. Il s’agit d’avoir, face à des attaques et une recherche au fond du conflit, souvent du conflit verbal, un visage qui est celui des Européens, qui est et qui doit rester celui de la rationalité, celui de la diplomatie et celui de la fermeté.
Face à ce nouvel ordre mondial, le ministre ne perd pas espoir pour que « demain se réouvre une voie diplomatique ». Il répète ainsi la volonté du gouvernement d'adopter au niveau européen une « ligne de calme, de responsabilité et de rationalité » tout en imposant une riposte ferme, précise, efficace et en évitant de « se laisser emmener sur ce terrain de l'agressivité ».
Patrick Mignola termine sur le sujet en insistant une nouvelle fois sur la désescalade agressive :
On se ferait tous plaisir à lancer des grands mots. La responsabilité gouvernementale, ce n’est pas d’utiliser des grands mots, c’est d’utiliser des grands remèdes.
Rassemblement national : « Je préférerais qu’ils défilent pour leur parti, pas contre la justice »
Interrogé sur la mobilisation du Rassemblement National sous le slogan « Sauvons la démocratie » ce dimanche en réaction à la condamnation de Marine Le Pen, Patrick Mignola a exprimé de fortes réserves.
Ils ont parfaitement le droit, évidemment, de défiler pour leur parti. Je préférerais qu’ils défilent pour leur parti et pas contre la justice.
S’il admet que la décision de justice à l’encontre de Marine Le Pen a pu « créer un trouble chez beaucoup de Français, et chez le Premier ministre aussi », il avertit sur le rappel des principes républicains : « Il faut respecter la décision de justice, il faut protéger les magistrats, et que de toute façon, la seule chose que peuvent faire les politiques, et en particulier le Parlement, c’est de changer la loi par laquelle ce verdict est arrivé. »
Il rappelle aussi qu’au moment de l'adoption de cette loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, « le Rassemblement National ne discutait pas de savoir s’il fallait ou non des exécutions provisoires des décisions. Il discutait de savoir s’il fallait l’inéligibilité ou l’inéligibilité à vie ».
Notre vice-président conclura son entretien en soulignant la ligne d'apaisement du gouvernement :
Si on veut, dans un pays fragile, essayer de ramener de l’apaisement, parce que c’est la seule condition de l’action, il ne faut pas rentrer à chaque fois dans de la surenchère de conflits et d’agressivité. Nous, on veut agir, on ne veut pas réagir.