80 ans de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau

Le 27 janvier 1945, le camp d’Auschwitz est libéré. L’antisémitisme n’a jamais disparu, il n’est pas « résiduel ». Depuis le 7 octobre 2023, il connaît des flambées et une montée insidieuse. S’il est éprouvant, le devoir de mémoire demeure essentiel.
Le 20 janvier, lors de la cérémonie d’investiture du président Donald Trump, Elon Musk a fait un geste ressemblant au salut nazi. Sa réponse évasive a consisté à minimiser, car « il n’est pas Hitler, quand même ». Comme si flirter avec l’extrême-droite, avec l’antisémitisme ou tout rejet de l’étranger n’était, dans le fond, pas si grave. Quelques jours plus tard, le même Elon Musk s’est rendu à un meeting du parti néo-nazi allemand, l’AfD, pour enjoindre les jeunes à se montrer fiers de leur identité et de leur virilité. Inconscience ? Stratégie de déstabilisation en Europe en faisant monter les extrêmes ? Le jeu est dangereux. Sans cesse, il faut rappeler l’horreur absolue qu’a été Auschwitz.
C’est aussi l’ambiguïté : comment représenter l'horreur des camps ? Les premiers articles dans la presse française datent de 1945, avec notamment des photographies de Willy Ronis. Les représentations de la Shoah dans les films ou les séries de fiction risquent, parfois, d’habituer le public à ces images. Le documentaire, plus nu, a sans doute plus d’impact. Mais, là encore, le choix de ce que l’on montre ou non pose question. En 1985, Claude Lanzmann, dans Shoah, a réussi à donner à la parole des rescapés tout son poids de réel, à saisir le temps de la mémoire, de la mort et de la vie. Son film est implacable, terrible, essentiel. Il est encore trop peu diffusé. L’année dernière, La zone d’intérêt de Jonathan Glazer, en se concentrant sur le quotidien d’une famille nazie vivant près d’un camp, vivant paisiblement à côté des bruits assourdis de la mort à l’œuvre, était réussi.
En 2024, les rescapés du camp de la mort encore en vie témoignent, inlassablement. Parce qu’il le faut. Ginette Kolinka, rieuse, belle, pleine de vie, explique comment le totalitarisme se met en place et comment il suffit d’un glissement, d’une crispation sur les identités, pour que tout recommence. Elle parle aussi au nom de celles et ceux qui ne sont plus là, comme ses amies Marceline Loridan, Simone Veil, femmes fortes et rayonnantes qui ont bâti une vie heureuse en chassant, chaque jour, le souvenir des atrocités subies. Un million de Juifs y ont péri entre 1940 et 1945.
Un antisémitisme rampant menace, aujourd’hui encore, notre vie démocratique. Dans les écoles, les collèges, les cours d’histoire se doivent de consacrer le temps nécessaire à l’explication rigoureuse et sans fard de ce qu’a été la Shoah. Esther Senot, survivante, 97 ans, continue de transmettre aux plus jeunes son témoignage. Pour ne jamais oublier.
Les mots de la grande chanson de Louis Chedid, Anne, ma sœur Anne, nous interpellent toujours aussi fort :
Anne, ma sœur Anne / Si tu voyais ce que je vois venir / Anne, ma sœur Anne / J’arrive pas à y croire c’est comme un cauchemar / Elle ressort de sa tanière / La nazie nostalgie / Casque à pointe, bottes à clou, et toute la panoplie.
Ce matin du 27 janvier 2025, le président Emmanuel Macron se rend au mémorial de la Shoah. L’après-midi, le Premier ministre François Bayrou rallume la flamme à l'Arc de Triomphe. Le président de la République participe ensuite à la cérémonie officielle, en Pologne, aux côtés d'une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement internationaux. Une cinquantaine de survivants seront également présents.