Jean-François Kahn, une certaine idée de la presse et de la liberté




D'abord et avant tout, au Mouvement Démocrate, nous perdons un ami. Chaleureux, bon vivant, drôle, Jean-François Kahn a été pour nous un compagnon de route merveilleux, singulier et libre.
Notre secrétaire générale Maud Gatel écrit :
Le journaliste. L'homme des médias. L'homme tout court.
Ancien directeur des "Nouvelles littéraires", fondateur de "L'événement du jeudi", cofondateur de l'hebdomadaire Marianne, Jean-François Kahn a toujours eu de la presse une haute idée. Sans concession, animé par une éthique journalistique bien rare aujourd'hui, il rappelait que l'on peut bien "être profondément de droite ou de gauche, mais si l'on fait un journal, c'est pour regarder la réalité en face".
Notre premier vice-président et président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale, Marc Fesneau, salue :
Jean-François Kahn était un esprit libre, un débatteur passionné, un opposant à tous les conformismes de la pensée.
Son goût du pluralisme et de la libre controverse l'ont tout naturellement conduit au centre de la vie politique. Le dépassement des clivages, c'est en effet la première condition d'un débat digne de ce nom, où les adversaires se reconnaissent et se respectent pour réfléchir ensemble à une question. Qu'ils viennent de la gauche, de la droite ou du centre, sur les grands projets, les gens doivent se retrouver et débattre intelligemment. Telle a toujours été la conviction de Jean-François Kahn. Le binarisme, c'est à ses yeux la mort des idées.
En 2007, il soutient la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle et s'engage au MoDem. En 2009, il est investi tête de liste dans la circonscription Est aux élections européennes. Élu au Parlement européen, Jean-François Kahn renonce à son siège en faveur de la députée européenne sortante Nathalie Griesbeck, pleinement cohérent avec ses déclarations de campagne : il ne siègerait que si la liste qu'il menait obtenait au moins deux élus.
Sur la plupart des sujets, la fibre démocrate de Jean-François Kahn est évidente. Essayiste, il n'a eu de cesse d'alerter ses concitoyens sur les dangers qui guettent la démocratie : le conformisme de l'opinion, les dérives de la presse (L'Horreur médiatique, Plon, 2014), la montée du ressentiment dans la population qui fait le lit des extrêmes (Marine Le Pen vous dit MERCI !, Plon, 2014), la nécessaire simplification administrative, le besoin de décentralisation. Infatigable batailleur, en juin 2024, il participait encore à une manifestation politique pour soutenir la candidature de Maud Petit lors des législatives anticipées.
Il y a une dizaine d'années déjà, en 2013, Jean-François Kahn livrait pour notre site ce diagnostic, attentif à la montée du Front national et à ses causes profondes :
Le plus grave : c'est le manque de confiance des Français en eux-mêmes. D’un côté on n’y peut rien, on baisse les bras. Alors on gueule pour son bout de pain, pour son privilège. Les uns raisonnent en disant que c’est la mondialisation. Pour les autres, c’est l’argent qui décide de tout, ou le marché, mais ils n’y croient pas. Et en même temps, une haine de soi incroyable.
Jean-François Kahn écrivait comme on pousse une colère, pour mettre en garde les citoyens et leur rappeler à quel point la liberté est précieuse. Le Premier ministre François Bayrou salue "un géant et un homme rare", créateur audacieux de "journaux-événements", un "centriste révolutionnaire". Loin des clichés associant parfois le centre à la mollesse ou à l'indécision, Jean-François Kahn incarnait bien cette idée d'un centrisme radical, intransigeant et courageux sur les valeurs humanistes et européennes.